La Pensée mythique à travers les âges
Mythos (parole) opposé ) logos (raison)
I) Le mythe au sein de la pensée mythique
A) Le mythe et l’éternel présent
Actualité permanente
Eléments essentiels qui composent notre être et continuent à vivre en nous
Quand un récitant raconte un mythe, récitants et auditeurs en font partie
Vision linéaire du temps apparaît avec judaïsme
Pendant l’Antiquité, temps est cyclique, pas de notion d’histoire
Pensée mythique ahistorique donc mythe = éternelle référence, fondateur de civilisation
Mythe = vecteur de transmission de la culture dans sociétés premières
B) Le mythe porteur de traditions
Héritage culturel, fond commun d’une culture de référence
Mythes racontent drames de la vie humaine, soumission des hommes à ce qui les dépassent
Condamnation de l’hybris (démesure), modération = maître mot du sage
Ramener l’homme dans sa position, ni un héro ni une surhomme
Craindre ce qui est au-dessus de sa tête
C) Position centrale de la femme
Importance de la femme dans société mythique mais pas dans société grecque (voir dissertes sur l’Odyssée)
D) Mythe agit à travers l’homme
Personnage mythique est constamment possédé
Action s’accomplit à travers le héro
Enthousiasme = possédé par les Dieux
E) Polygénèse du mythe
Dans mythe, on existe pas seul mais en tant que « fils de », importance de la généalogie
Présence de l’inceste, de relations entre mortels et dieux
Il faut attendre Perceval le Gallois de Chrétien de Troie pour avoir un personnage indépendant
Comme mythe est de tradition orale, chaque narrateur arrange histoire définitivement
II) La coexistence du mythe et du logos
A) La naissance de la physique
- La théologie
Homère et Hésiode (8 siècles avant JC) font théogonie (grands poèmes sur naissance des dieux) : création du monde d’ordre mythique
Pour Homère, Dieux ont créé le monde et l’ont partagé [Zeus le feu, Hadès l’ombre brumeuse = l’air, Poséidon la mer, Gaia la terre = les 4 éléments, le cosmos]
Hérode a une conception plus abstraite : un jour le chaos s’est ouvert et a fait apparaître le jour, le feu qui chasse la nuit (entre Gaia et Uranus), Gaia enfante Pontos (l’eau)
Eléments matériels se mélangent au puissances divines
Récit hors du temps réel, appartient à une sphère atemporelle
- Les Physiciens
= philosophes présocratiques issus de l’école ionienne de Millet
Philosophes veulent se différencier des théologiens : décrire une origine naturelle du monde
Thalès (-625-547) pense que l’élément premier est l’eau, les autres sont eau transformée
Anaximène (-585-525) lui c’est l’air
Anaximandre (-610-547) : l’apeiron (illimité)
Héraclite (-550-480) : le feu
=> Monde pas né d’une union sexuelle mais d’une discrimination des éléments
Eléments = puissance qui appartient au même monde que les hommes, la nature
Cette différentiation dans les idées montre le passage du mythos au logos
B) Parménide et la non-contradiction
« Si l’être est, le non-être n’est pas » : pensée qui met un terme définitif à la pensée mythique (à la fin du IVème siècle avant JC)
C) Naissance de l’histoire
Au Vème siècle avant JC, Hérodote écrit Historia (= enquête), un livre composé de 9 livres portant chacun le nom d’une muse
Hérodote a fait une enquête sur comment les grecs ont gagné les guerres médiques, confrontant tous les récits contradictoires
D) Naissance de la personne
Naissance de la notion de volonté et de conscience et de responsabilité
E) Le mythe et la fable
Au Vème siècle avant JC, Esope était très lu à Athènes
Il met en scène des histoire courtes avec animaux et hommes terminant par une morale = monde du logos, esprit qui oriente
Mythe est mort, devient un folklore qui ne défini plus le consensus de la société de l’époque
Société maintenant structurée
F) La pratique politique du mythe
En Grèce, chaque cité a son régime politique et récupère les mythes pour les asservir à un projet politique
Exemple : Clystène transforme les cérémonies grâce aux mythes
La politique prend le pas sur les lois non écrites
G) La réflexion philosophique et le mythe
Platon montre une complémentarité entre mythe et logos : créer des liens entre les hommes et pas seulement entre l’homme et Dieu
Réflexion sur la disparition du mythe, réinventer le monde
Dialogues de Platon font d’Athènes la cité du Logos par référence
Platon utilise mythes comme allégories, illustrations (la caverne = Homme atteint liberté par connaissance , choses n’existent que comme ombres, on ne connaît pas leur réalité profonde, nos sens nous trompent en permanence) => idée symbolique qui perpétue la tradition
Récits symbolique se rapprochent aussi du mythe : Protagoras fait une modification du mythe de Prométhée peut expliquer que la rhétorique permet de devenir humain
A la fin d’Er de Platon, on voit se développer dans le mythe l’idée de la survie de l’âme
- Mythe romain
Virgile a vanté les mérites de l’ancienne Rome mythique
[Attention à ne pas confondre mythe : système de pensée et mythique : en rapport avec les anciens mythes]
A Rome, pas de sentiment religieux, religion d’état, un pôle politique (roi, consul puis empereur) et un pôle religieux (souverain pontife) qui valide les décisions
Ils étaient étrusques jusqu’à Caesar
A Rome, crime contre religion = crime contre politique
Numa Pompilius est les roi qui a donné à Rome ses lois politiques et religieuses
N’importe quel habitant de l’Empire était citoyen romain
Rome = creuset spirituel tolérant, beaucoup de religions (eleusis , judaïsme)
Augustin a voulu créer un ciment dans cette diversité et se sert du mythe pour créer un mythe de la création du monde troyen : l’Enéide avec les valeurs de vertus romana
Chez Virgile, unité de l’humain autour de l’art
III) Le mythe fondateur, chantre ou contestataire d’une société
Au M-A, on retrouve une vigueur de pensée qui s’inspire du mythe et le réinvente
Tradition orale véhiculée par troubadours qui racontent des histoires structurées comme la pensée mythique
A) Système qui inclut le merveilleux à la vie quotidienne
= intégrer des notions inexplicables et pas rationnelles, personnages merveilleux = puissances non définies qui constituent le quotidien de l’existence
Utilisation de l’éternel présent alors qu’au M-A, temps linéaire, homme coincé entre Genèse et Apocalypse croix = symbole de l’ordre)
Mélange confus de mort et de vivant, de futur et de passé (Perrault)
Au M-A se mélangent des légendes de tous bords : expression de la pensée humaine
En 1000 ans,entre la chute de l’Empire romain et la fin du M-A, France évolue énormément, passe d’une culture gallo-romaine à nos valeurs d’aujourd’hui
A partir du Ixème siècle, les institutions sociales se basent sur les rapports suzerain vassal
Noblesse se caractérise par aristocratie, la chevalerie et l’amour courtois
Ciment de cette société : foi, mysticisme
Croisades ont beaucoup apporté au M-A : l’Histoire et l’exotisme
A la fin du VIII, nouveau recul avec la fin de l’empire carolingien
B) Développement mythique des fondements de la société
Développement de la littérature épique, exaltation de l’activité guerrière
Les suzerains pouvaient annoblir des héros, affirmation de l’honneur, loyauté du vassal
Cette société féodale repose sur : foi jurée à son seigneur, à Dieu et à la Dame (domina = maîtresse) : femme hissée sur une piédestal divin
Chanson de geste pour illustrer les exploits en vers, les héros carolingiens deviennent des barons et des croisés
C) L’épopée
La chanson de Roland : Charlemagne est le héro
Chanson de geste qui relate un fait historique transformé en légende avec exagération épique
Transfiguration/création est intéressante, mythe autour duquel se bâtit la société : montrer un suzerain chevalier, brave et valeureux
D) Littérature courtoise
Romans antiques : adaptation moderne des légendes antiques (vers 1150) : L’Eneas, Roman de Troie
Romain courtois : grande place pour le merveilleux avec deux grands pans :
Matière de Bretagne : textes d’inspiration celtique, légendes arthuriennes
En 1135, Jeoffroy de Monmouth écrit en latin Historia Regum Bretagna
L’influence provençale est plus rude, belliqueuse mais place de la femme plus importante : lyrisme de l’amour
Chrétien de Troie développe la courtoisie : code de l’amour où l’homme est en soumission absolue : service d’amour
Rechercher la perfection, faire preuve de vaillance avec élégance, se soumettre à des épreuves => amour divin
E) La contestation
Tristan et Iseult , deux versions : une chanson de geste et une raffinée
Chrétien de Troie a adapté l’Art d’aimer et Perceval : fondement de l’homme moderne et de la pré féodalité
IV) Du mythe à l’utopie
A) Mythe de l’âge d’or
Les anciens divisés les temps les plus vieux de l’humanité en quatre âges : Age d’or, age d’argent, age d’airain et age de fer
Mythe de l’âge d’or : ressemblance avec le jardin d’Eden, revenir à l’or = rédemption
B) Mythe du jardin d’Eden
Jardin = lieu clos, Eden = délices
Espace mythique car éternel présent
C) Eldorado
Mythe qui se rapproche du rêve
D) Utopia de Thomas More 1516
Communisme idéal, mythe dirigé vers l’avenir : fantasme
On passe d’un passé nostalgique à un futur onirique
V) La survivance du mythe malgré l’affirmation de l’individu
A) Dante : Tout est symbole
Tout est symbole, vision unitaire de l’homme
Dans l’Enfer, Virgile figure et représente la sagesse, il prophétise la venue du Christ
Enfer antique et chrétien sont mêlés
Pleins de personnages hétéroclites : Jésus, Jason, Titans, Moise, Centaure, Abraham, Nicolas III, Mahomet, Judas, Lucifer, les furies, Cerber…
Oeurvre touffue avec plein de références au mythe
B) Don Quichotte
Nouveau mythe : quête des chevaliers servants
Roman picaresque avec un personnage ambivalent : touchant et ridicule
C) Don Juan
Quête emblématique, amour par aboutissement, ne retrouve pas sa moitié
Pour que le mythe moderne fasse jour, il faut une transgression
D) Robinson Crusoé
Problème nature et culture
Interdits profonds en dehors du regard des autres, un personnage qui hésite à devenir sauvage
Ambivalence adoptée par l’inconscient collectif
Que se passe t’il en l’homme quand il se retrouve face à lui-même
Enfer = solitude
E) Faust
Faust a existé, il avait beaucoup de titres et plusieurs images : Philosophe des philosophes et fieffé gredin
Il aurait déclaré que les miracles du Christ étaient peu de choses
Mage obscure du XVI siècle lié au mal par le sang est devenu par le mythe un grand savant élevé par la lumière : incarnation du personnage romantique
Au XVIème siècle, enseignement de théologie et alchimie en parallèle : deux saisies de l’humain, le mythos et le logos
Faust a fait ses études à l’université de sciences occultes de Krakow
Deux forces opposées chez Faust : forces personnelles limitées et forces illimitées de la nature
Conflit intérieur et désir de se réaliser en tant qu’individu pousse l’homme vers le haut
VI) Quête d’une origine : nouvelle valeur
A) Fin du XIXème siècle
Ce siècle tourne le dos au rationalisme mais assume difficilement son âge de fer
Homme moderne amené à mettre en regard ce qu’il devient avec le nouvel âge d’or de la vie
Renaissance du moyen age et du monde gothique
B) Romantisme
Mouvement nourri de mythe et intérêt pour l’inexplicable : le rêve
C) Victor Hugo
Il écrit la Légende des siècles, son héro est l’humanité
D) Wagner
Reprise des mythes fondamentaux, constitutifs de l’être humain dans ses opéras, art total
La tétralogie est un mythe scandinave car il n’y a pas de mythes allemands
E) Mythe du pionnier américain
Faire fortune à partir de rien et ailleurs (comme Perceval)
Sans ce mythe du cow-boy, pas d’américains
F) Les sociétés modernes et le mythe
A travers l’étude des mythes du XIXème siècle, on peut constater que les valeurs de la société mythique ont disparues : pas de hiérarchisation
Aujourd’hui : monde divisé, citoyens délèguent politique à l’état, travail divisé
Mais sociétés ont connu quand même formes particulières du mythe :
Les régimes totalitaires, fascistes et communistes liés à une pensée de la révolution, prise de conscience et changement, rupture avec les anciens cadres, éclatement (art comme politique)
Coexistence et complémentarité de l’être et du non-être
En politique certains prônent les valeurs anciennes, d’autres la modernité
Totalitarismes reposent sur parti unique qui occupe tous les rouages de l’état qui symbolise
G) L’Allemagne
En Allemagne pas de sentiment national, importance des länder, unification inutile
Pas de mythes allemands, par le totalitarisme : constituer un mythe fondateur pour réhabiliter la communauté, inspiré de mythes scandinaves (aryens unis)
VII) Le mythe dans la société moderne : du logos à l’image
Mythe toujours présent dans la pensée, toujours revivifié (en philo, littérature, médecine)
Grâce à prolifération de l’image, mythe reprend une réalité profonde au Xxème siècle
Grâce au cinéma, héros omniprésents (même film joué dans plusieurs endroits), éternel présent, héros projetés sur des écrans immenses, rôle de stars (valeur symbolique)
A) Mythe et psychanalyse
Freud met en évidence le complexe d’Œdipe, tragédie individuelle de l’inconscient
B) Mythe en littérature
Peggy a fait de Jeanne d’Arc une figure christique
Proust dans la Recherche du temps perdu réinvente la boucle mythique du temps, grâce à sensation physique, on peut retourner dans le passé
Claudel Le Soulier de satin : création d’un nouveau mythe où temps et espace sont confondus
Gide dans Prométhée mal enchaîné : Personnage décalé, figure du mythe, élan qui évoque la Bible, Parole est loi, parfum d’Eden retrouvé
Apollinaire dans Les mamelles de Tirésias : révision du mythe
Girodou dans La Guerre de Troie n’aura pas lieu, Ondine, Electre : vision pleine d’humour et de délicatesse de l’homme en prise avec son destin
Julien Gracq dans O roi pécheur reprend l’idée de Perceval
Sartre dans Les mouches reprend l’histoire de thebes « La vie commence de l’autre côté du désespoir »
Beckett nous offre des personnages hors du temps qui apparaissent comme des mythes de l’absurde
Retour du mythe au Xxème siècle, l’idée de base reste littéraire : un monde où l’individu ne reste pas en maître, il doit transgresser la loi
C) Renouveau du mythe dans le cinéma
Invention de la photo et du cinéma nous a fait quitté l’ère du logos pour entrer dans celle de l’image : nouvelle caverne, aller voir derrière les images
Magie du cinéma : dimension énorme qui rend le personnage puissant, demi-dieu
Mythe de Tarzan : sorte de Robinson, mythe de l’homme sauvage
Lutte de la nature contre la culture (cf. Films de série B américains)
Le testament d’Orphée de Cocteau : reprend le mythe d’Orphée, retour au temps cyclique, à une quête permanente de l’amour et de l’art mais arrière fond moderne et absurde
Le septième sceau de Bergman : univers fantastique et mythique, plénitude, pensée serrée, concise, univers intemporel où l’homme peut jouer aux échecs avec la mort
James Bond : au départ un personnage de roman qui est en lutte contre mal et URSS, le bien et le mal étant clairement définis
Film donne au personnage une dimension mythique grâce à l’énormité et au chiffre 007 = permis de tuer, ce héro échappe au premier commandement, il trangresse
Toutes les femmes à ses pieds mais pas de trangression par l’amour
Emmanuelle : mythe romanesque érotique avec une dimension plus grande au cinéma
Le public vit et transgresse par procuration
Le seigneur des anneaux est un mythe qui a eu un immense succès de librairie et le film l’a étendu à un plus grand public, mais le fantastique visuel est moins étendu que l’imagination
Fahrenheit 451 de Bradbury : Hommes deviennent des hommes livres = retour aux aèdes primitifs, porteurs de culture, réinitialisation d’une tradition orale porteuse de logos.
Conclusion
Il faut voir dans ce retour au mythe l’idée d’un impossible Messie
« Dieu est mort » disait Nietzsche : l’homme moderne a été séparé de la transcendance dans la modernité, raisons : progrès des sciences, crispation des Eglises qui n’ont pas su s’adapter
Homme moderne, privé du rapport au sacré se trouve livré à ses petites forces virtuelles et surtout à ses faiblesses
Si Dieu est mort, l’homme doit se réinventer des valeurs pour donner un sens à sa vie qu’il substitue aux valeurs de décalogue
Homme = seul maître possible de son destin
Mais valeurs des sociétés modernes = fausses valeurs
Homme invente des nouveaux dieux : des figures (Mickaël Jackson, Che Guevara, les Beatles, ET, PPDA)
Le sort du mythe contemporain s’est réfugié dans la télévision, réalité fugitive
On est loin de la valeur fondamentale du mythe, perte de la véritable référence au mythe
Le XXIème siècle devait être religieux ou métaphysique mais ce qu’il en reste sont les tours qui tombent, la construction de deux blocs
Epoque qui perd les références mais on peut espérer un nouveau mythe par l’image, par le biais du néo-symbolisme.

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