dimanche 7 février 2010

Littérature - Le mythe



La Pensée mythique à travers les âges

Mythos (parole) opposé ) logos (raison)

I) Le mythe au sein de la pensée mythique

A) Le mythe et l’éternel présent

Actualité permanente

Eléments essentiels qui composent notre être et continuent à vivre en nous

Quand un récitant raconte un mythe, récitants et auditeurs en font partie

Vision linéaire du temps apparaît avec judaïsme

Pendant l’Antiquité, temps est cyclique, pas de notion d’histoire

Pensée mythique ahistorique donc mythe = éternelle référence, fondateur de civilisation

Mythe = vecteur de transmission de la culture dans sociétés premières

B) Le mythe porteur de traditions

Héritage culturel, fond commun d’une culture de référence

Mythes racontent drames de la vie humaine, soumission des hommes à ce qui les dépassent

Condamnation de l’hybris (démesure), modération = maître mot du sage

Ramener l’homme dans sa position, ni un héro ni une surhomme

Craindre ce qui est au-dessus de sa tête

C) Position centrale de la femme

Importance de la femme dans société mythique mais pas dans société grecque (voir dissertes sur l’Odyssée)

D) Mythe agit à travers l’homme

Personnage mythique est constamment possédé

Action s’accomplit à travers le héro

Enthousiasme = possédé par les Dieux

E) Polygénèse du mythe

Dans mythe, on existe pas seul mais en tant que « fils de », importance de la généalogie

Présence de l’inceste, de relations entre mortels et dieux

Il faut attendre Perceval le Gallois de Chrétien de Troie pour avoir un personnage indépendant

Comme mythe est de tradition orale, chaque narrateur arrange histoire définitivement

II) La coexistence du mythe et du logos

A) La naissance de la physique

- La théologie

Homère et Hésiode (8 siècles avant JC) font théogonie (grands poèmes sur naissance des dieux) : création du monde d’ordre mythique

Pour Homère, Dieux ont créé le monde et l’ont partagé [Zeus le feu, Hadès l’ombre brumeuse = l’air, Poséidon la mer, Gaia la terre = les 4 éléments, le cosmos]

Hérode a une conception plus abstraite : un jour le chaos s’est ouvert et a fait apparaître le jour, le feu qui chasse la nuit (entre Gaia et Uranus), Gaia enfante Pontos (l’eau)

Eléments matériels se mélangent au puissances divines

Récit hors du temps réel, appartient à une sphère atemporelle

- Les Physiciens

= philosophes présocratiques issus de l’école ionienne de Millet

Philosophes veulent se différencier des théologiens : décrire une origine naturelle du monde

Thalès (-625-547) pense que l’élément premier est l’eau, les autres sont eau transformée

Anaximène (-585-525) lui c’est l’air

Anaximandre (-610-547) : l’apeiron (illimité)

Héraclite (-550-480) : le feu

=> Monde pas né d’une union sexuelle mais d’une discrimination des éléments

Eléments = puissance qui appartient au même monde que les hommes, la nature

Cette différentiation dans les idées montre le passage du mythos au logos

B) Parménide et la non-contradiction

« Si l’être est, le non-être n’est pas » : pensée qui met un terme définitif à la pensée mythique (à la fin du IVème siècle avant JC)

C) Naissance de l’histoire

Au Vème siècle avant JC, Hérodote écrit Historia (= enquête), un livre composé de 9 livres portant chacun le nom d’une muse

Hérodote a fait une enquête sur comment les grecs ont gagné les guerres médiques, confrontant tous les récits contradictoires

D) Naissance de la personne

Naissance de la notion de volonté et de conscience et de responsabilité

E) Le mythe et la fable

Au Vème siècle avant JC, Esope était très lu à Athènes

Il met en scène des histoire courtes avec animaux et hommes terminant par une morale = monde du logos, esprit qui oriente

Mythe est mort, devient un folklore qui ne défini plus le consensus de la société de l’époque

Société maintenant structurée

F) La pratique politique du mythe

En Grèce, chaque cité a son régime politique et récupère les mythes pour les asservir à un projet politique

Exemple : Clystène transforme les cérémonies grâce aux mythes

La politique prend le pas sur les lois non écrites

G) La réflexion philosophique et le mythe

Platon montre une complémentarité entre mythe et logos : créer des liens entre les hommes et pas seulement entre l’homme et Dieu

Réflexion sur la disparition du mythe, réinventer le monde

Dialogues de Platon font d’Athènes la cité du Logos par référence

Platon utilise mythes comme allégories, illustrations (la caverne = Homme atteint liberté par connaissance , choses n’existent que comme ombres, on ne connaît pas leur réalité profonde, nos sens nous trompent en permanence) => idée symbolique qui perpétue la tradition

Récits symbolique se rapprochent aussi du mythe : Protagoras fait une modification du mythe de Prométhée peut expliquer que la rhétorique permet de devenir humain

A la fin d’Er de Platon, on voit se développer dans le mythe l’idée de la survie de l’âme

- Mythe romain

Virgile a vanté les mérites de l’ancienne Rome mythique

[Attention à ne pas confondre mythe : système de pensée et mythique : en rapport avec les anciens mythes]

A Rome, pas de sentiment religieux, religion d’état, un pôle politique (roi, consul puis empereur) et un pôle religieux (souverain pontife) qui valide les décisions

Ils étaient étrusques jusqu’à Caesar

A Rome, crime contre religion = crime contre politique

Numa Pompilius est les roi qui a donné à Rome ses lois politiques et religieuses

N’importe quel habitant de l’Empire était citoyen romain

Rome = creuset spirituel tolérant, beaucoup de religions (eleusis , judaïsme)

Augustin a voulu créer un ciment dans cette diversité et se sert du mythe pour créer un mythe de la création du monde troyen : l’Enéide avec les valeurs de vertus romana

Chez Virgile, unité de l’humain autour de l’art

III) Le mythe fondateur, chantre ou contestataire d’une société

Au M-A, on retrouve une vigueur de pensée qui s’inspire du mythe et le réinvente

Tradition orale véhiculée par troubadours qui racontent des histoires structurées comme la pensée mythique

A) Système qui inclut le merveilleux à la vie quotidienne

= intégrer des notions inexplicables et pas rationnelles, personnages merveilleux = puissances non définies qui constituent le quotidien de l’existence

Utilisation de l’éternel présent alors qu’au M-A, temps linéaire, homme coincé entre Genèse et Apocalypse croix = symbole de l’ordre)

Mélange confus de mort et de vivant, de futur et de passé (Perrault)

Au M-A se mélangent des légendes de tous bords : expression de la pensée humaine

En 1000 ans,entre la chute de l’Empire romain et la fin du M-A, France évolue énormément, passe d’une culture gallo-romaine à nos valeurs d’aujourd’hui

A partir du Ixème siècle, les institutions sociales se basent sur les rapports suzerain vassal

Noblesse se caractérise par aristocratie, la chevalerie et l’amour courtois

Ciment de cette société : foi, mysticisme

Croisades ont beaucoup apporté au M-A : l’Histoire et l’exotisme

A la fin du VIII, nouveau recul avec la fin de l’empire carolingien

B) Développement mythique des fondements de la société

Développement de la littérature épique, exaltation de l’activité guerrière

Les suzerains pouvaient annoblir des héros, affirmation de l’honneur, loyauté du vassal

Cette société féodale repose sur : foi jurée à son seigneur, à Dieu et à la Dame (domina = maîtresse) : femme hissée sur une piédestal divin

Chanson de geste pour illustrer les exploits en vers, les héros carolingiens deviennent des barons et des croisés

C) L’épopée

La chanson de Roland : Charlemagne est le héro

Chanson de geste qui relate un fait historique transformé en légende avec exagération épique

Transfiguration/création est intéressante, mythe autour duquel se bâtit la société : montrer un suzerain chevalier, brave et valeureux

D) Littérature courtoise

Romans antiques : adaptation moderne des légendes antiques (vers 1150) : L’Eneas, Roman de Troie

Romain courtois : grande place pour le merveilleux avec deux grands pans :

Matière de Bretagne : textes d’inspiration celtique, légendes arthuriennes

En 1135, Jeoffroy de Monmouth écrit en latin Historia Regum Bretagna

L’influence provençale est plus rude, belliqueuse mais place de la femme plus importante : lyrisme de l’amour

Chrétien de Troie développe la courtoisie : code de l’amour où l’homme est en soumission absolue : service d’amour

Rechercher la perfection, faire preuve de vaillance avec élégance, se soumettre à des épreuves => amour divin

E) La contestation

Tristan et Iseult , deux versions : une chanson de geste et une raffinée

Chrétien de Troie a adapté l’Art d’aimer et Perceval : fondement de l’homme moderne et de la pré féodalité

IV) Du mythe à l’utopie

A) Mythe de l’âge d’or

Les anciens divisés les temps les plus vieux de l’humanité en quatre âges : Age d’or, age d’argent, age d’airain et age de fer

Mythe de l’âge d’or : ressemblance avec le jardin d’Eden, revenir à l’or = rédemption

B) Mythe du jardin d’Eden

Jardin = lieu clos, Eden = délices

Espace mythique car éternel présent

C) Eldorado

Mythe qui se rapproche du rêve

D) Utopia de Thomas More 1516

Communisme idéal, mythe dirigé vers l’avenir : fantasme

On passe d’un passé nostalgique à un futur onirique

V) La survivance du mythe malgré l’affirmation de l’individu

A) Dante : Tout est symbole

Tout est symbole, vision unitaire de l’homme

Dans l’Enfer, Virgile figure et représente la sagesse, il prophétise la venue du Christ

Enfer antique et chrétien sont mêlés

Pleins de personnages hétéroclites : Jésus, Jason, Titans, Moise, Centaure, Abraham, Nicolas III, Mahomet, Judas, Lucifer, les furies, Cerber…

Oeurvre touffue avec plein de références au mythe

B) Don Quichotte

Nouveau mythe : quête des chevaliers servants

Roman picaresque avec un personnage ambivalent : touchant et ridicule

C) Don Juan

Quête emblématique, amour par aboutissement, ne retrouve pas sa moitié

Pour que le mythe moderne fasse jour, il faut une transgression

D) Robinson Crusoé

Problème nature et culture

Interdits profonds en dehors du regard des autres, un personnage qui hésite à devenir sauvage

Ambivalence adoptée par l’inconscient collectif

Que se passe t’il en l’homme quand il se retrouve face à lui-même

Enfer = solitude

E) Faust

Faust a existé, il avait beaucoup de titres et plusieurs images : Philosophe des philosophes et fieffé gredin

Il aurait déclaré que les miracles du Christ étaient peu de choses

Mage obscure du XVI siècle lié au mal par le sang est devenu par le mythe un grand savant élevé par la lumière : incarnation du personnage romantique

Au XVIème siècle, enseignement de théologie et alchimie en parallèle : deux saisies de l’humain, le mythos et le logos

Faust a fait ses études à l’université de sciences occultes de Krakow

Deux forces opposées chez Faust : forces personnelles limitées et forces illimitées de la nature

Conflit intérieur et désir de se réaliser en tant qu’individu pousse l’homme vers le haut

VI) Quête d’une origine : nouvelle valeur

A) Fin du XIXème siècle

Ce siècle tourne le dos au rationalisme mais assume difficilement son âge de fer

Homme moderne amené à mettre en regard ce qu’il devient avec le nouvel âge d’or de la vie

Renaissance du moyen age et du monde gothique

B) Romantisme

Mouvement nourri de mythe et intérêt pour l’inexplicable : le rêve

C) Victor Hugo

Il écrit la Légende des siècles, son héro est l’humanité

D) Wagner

Reprise des mythes fondamentaux, constitutifs de l’être humain dans ses opéras, art total

La tétralogie est un mythe scandinave car il n’y a pas de mythes allemands

E) Mythe du pionnier américain

Faire fortune à partir de rien et ailleurs (comme Perceval)

Sans ce mythe du cow-boy, pas d’américains

F) Les sociétés modernes et le mythe

A travers l’étude des mythes du XIXème siècle, on peut constater que les valeurs de la société mythique ont disparues : pas de hiérarchisation

Aujourd’hui : monde divisé, citoyens délèguent politique à l’état, travail divisé

Mais sociétés ont connu quand même formes particulières du mythe :

Les régimes totalitaires, fascistes et communistes liés à une pensée de la révolution, prise de conscience et changement, rupture avec les anciens cadres, éclatement (art comme politique)

Coexistence et complémentarité de l’être et du non-être

En politique certains prônent les valeurs anciennes, d’autres la modernité

Totalitarismes reposent sur parti unique qui occupe tous les rouages de l’état qui symbolise

G) L’Allemagne

En Allemagne pas de sentiment national, importance des länder, unification inutile

Pas de mythes allemands, par le totalitarisme : constituer un mythe fondateur pour réhabiliter la communauté, inspiré de mythes scandinaves (aryens unis)

VII) Le mythe dans la société moderne : du logos à l’image

Mythe toujours présent dans la pensée, toujours revivifié (en philo, littérature, médecine)

Grâce à prolifération de l’image, mythe reprend une réalité profonde au Xxème siècle

Grâce au cinéma, héros omniprésents (même film joué dans plusieurs endroits), éternel présent, héros projetés sur des écrans immenses, rôle de stars (valeur symbolique)

A) Mythe et psychanalyse

Freud met en évidence le complexe d’Œdipe, tragédie individuelle de l’inconscient

B) Mythe en littérature

Peggy a fait de Jeanne d’Arc une figure christique

Proust dans la Recherche du temps perdu réinvente la boucle mythique du temps, grâce à sensation physique, on peut retourner dans le passé

Claudel Le Soulier de satin : création d’un nouveau mythe où temps et espace sont confondus

Gide dans Prométhée mal enchaîné : Personnage décalé, figure du mythe, élan qui évoque la Bible, Parole est loi, parfum d’Eden retrouvé

Apollinaire dans Les mamelles de Tirésias : révision du mythe

Girodou dans La Guerre de Troie n’aura pas lieu, Ondine, Electre : vision pleine d’humour et de délicatesse de l’homme en prise avec son destin

Julien Gracq dans O roi pécheur reprend l’idée de Perceval

Sartre dans Les mouches reprend l’histoire de thebes « La vie commence de l’autre côté du désespoir »

Beckett nous offre des personnages hors du temps qui apparaissent comme des mythes de l’absurde

Retour du mythe au Xxème siècle, l’idée de base reste littéraire : un monde où l’individu ne reste pas en maître, il doit transgresser la loi

C) Renouveau du mythe dans le cinéma

Invention de la photo et du cinéma nous a fait quitté l’ère du logos pour entrer dans celle de l’image : nouvelle caverne, aller voir derrière les images

Magie du cinéma : dimension énorme qui rend le personnage puissant, demi-dieu

Mythe de Tarzan : sorte de Robinson, mythe de l’homme sauvage

Lutte de la nature contre la culture (cf. Films de série B américains)

Le testament d’Orphée de Cocteau : reprend le mythe d’Orphée, retour au temps cyclique, à une quête permanente de l’amour et de l’art mais arrière fond moderne et absurde

Le septième sceau de Bergman : univers fantastique et mythique, plénitude, pensée serrée, concise, univers intemporel où l’homme peut jouer aux échecs avec la mort

James Bond : au départ un personnage de roman qui est en lutte contre mal et URSS, le bien et le mal étant clairement définis

Film donne au personnage une dimension mythique grâce à l’énormité et au chiffre 007 = permis de tuer, ce héro échappe au premier commandement, il trangresse

Toutes les femmes à ses pieds mais pas de trangression par l’amour

Emmanuelle : mythe romanesque érotique avec une dimension plus grande au cinéma

Le public vit et transgresse par procuration

Le seigneur des anneaux est un mythe qui a eu un immense succès de librairie et le film l’a étendu à un plus grand public, mais le fantastique visuel est moins étendu que l’imagination

Fahrenheit 451 de Bradbury : Hommes deviennent des hommes livres = retour aux aèdes primitifs, porteurs de culture, réinitialisation d’une tradition orale porteuse de logos.

Conclusion

Il faut voir dans ce retour au mythe l’idée d’un impossible Messie

« Dieu est mort » disait Nietzsche : l’homme moderne a été séparé de la transcendance dans la modernité, raisons : progrès des sciences, crispation des Eglises qui n’ont pas su s’adapter

Homme moderne, privé du rapport au sacré se trouve livré à ses petites forces virtuelles et surtout à ses faiblesses

Si Dieu est mort, l’homme doit se réinventer des valeurs pour donner un sens à sa vie qu’il substitue aux valeurs de décalogue

Homme = seul maître possible de son destin

Mais valeurs des sociétés modernes = fausses valeurs

Homme invente des nouveaux dieux : des figures (Mickaël Jackson, Che Guevara, les Beatles, ET, PPDA)

Le sort du mythe contemporain s’est réfugié dans la télévision, réalité fugitive

On est loin de la valeur fondamentale du mythe, perte de la véritable référence au mythe

Le XXIème siècle devait être religieux ou métaphysique mais ce qu’il en reste sont les tours qui tombent, la construction de deux blocs

Epoque qui perd les références mais on peut espérer un nouveau mythe par l’image, par le biais du néo-symbolisme.

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