Fin de Partie
Beckett
I) Cours du prof
A) L’édition
Editions de minuit sont le revelateur du Nouveau Roman en France : il transgresse les formes classiques (des personnages, une histoire, un style), choque le lecteur…
Dans Le Planetarium de Nathalie Sarraute, même histoire reprise par plusieurs personnages : experimentations qui visent à voir ce que l’on peut transgresser
Avec Fin de Partie, même chose pour le théâtre
Dans ce texte, pas d’histoire, une pièce sur le desarçonnement de l’homme
Seule unité : l’unité de lieu = un bunker où des personnages sont isolés face à un monde exterieur que l’on peut à peine apercevoir (Hamm ne peut même pas, il est aveugle)
Deux poubelles avec les parents : psycanalyse
Homme peut il couper le cordon ?
B) Didascalies du début de la pièce
Un intérieur qui nie l’exterieur : rideaux fermés et tableau retourné
Dans les interieurs bourgeois, fauteuils recouverts de draps, ici ce sont les poubelles et Hamm
« A côté Clov le regarde » qui ? Hamm ou le drap ?
Ouverture du rideau de la fenêtre = début de la pièce
C) Non-lieu, non-temps et non-action
Le lieu décrit n’a pas d’existence propre
Didascalies décrivent des gestes sans sens
Univers où rien ne renvoit à rien (dans pensée mythique, tout renvoit à tout)
Développement d’un non-mythe, d’une non-pièce de théâtre
Désorientation profonde de cet homme moderne, par son langage, ses instruments
Univers absurde qui montre le désarroi de personnages déconnectés d’un reel sans sens, qui essayent de renvoyer à des « avants » et des « après » sans y arriver
Perte de toute verticalité « Dieu est mort »
Monde où tout repère est devennu innexistant, seul l’instant éxiste, pas le présent = malaise
Rapport maître/esclave entre personnages principaux
Une allégorie de la condition humaine et de l’homme moderne
D) Personnages
Noms étranges : volonté de Beckett de faire de ses personnages des symboles
Hamm = Hamelet, jambon, hammer…
Mais toutes ces interpretations sont limitatives, entre dans le cadre du non-dit
E) Univers qui s’approche de la pensée symboliste
Pas de logos, ici tous les éléments sont pleins et vides « Plus on est grand et plus on est plein. Et plus on est vides »
II) Conférence à Paris-Diderot
Vous allez voir, c’est le contraire du cours du prof.
A) Les jeux de mot et l’humour (Marie Hartmann)
Pièces de Beckett souvent représentées comme sombre pourtant, scènes comiques
Registre humoristique venu du cirque, de la farce, scènes d’invectives (valet frappe son maître avec un chien en peluche)
Que fait Hamm dans cette galère ?
Jeux de mots sexuels et scatologiques
1) Procédés comiques
Coupes antithétiques : homme/femme, assis/debout, maître/valet, auguste/clown blanc
Escabeau, lunette = accessoires utilisés par Clov pour faire rire
« Un temps » permet au rire de s’éteindre, comme l’allumage et l’extinction des lumières au cirque
Sketch de la puce : Allusion sexuelle avec le morpion, le déboutonnage du pantalon puis confusion de langage avec « coït »
Registre scatologique présent dans la farce : « C’est pour la Bagatelle »
A la fin de la pièce, Hamm se prend un coup de chien (allusion à Guignol)
Retournement de situation : en frappant Hamm, Clov a une nouvelle force mais il se sert d’un chien, ce qu’il est, prisonnier de son rôle inférieur
Autre jeu comique, la répétition, exemples :
Tout le monde parle de se gratter, Hamm demande sans cesse son calmant
Répétitions des échanges de dialogues, toujours les même réponses : « la meme que d’habitude », « mal »
Ces échanges rapelles l’état handicapé des protagonistes : humour noir
Degradation physique annoncée en permanence (comme « je te plumerai la tête)
Dans ce temps figé, seule réalité du temps : la dégradation des états de santé
Hamm et Clov emploient un système de renversibilité : « Loin tu serais mort. Et inversemment »
Renversements mais aussi contradictions : parodie d’effets poétiques
2) Jeux de mots
Exploitation de la ressource comique du mal entendu => dialogue de sourds des parents
Exploitation aussi du « mal-compris » : Quand Clov range, Hamm dit « laisse tomber » et clov laisse tout tomber par terre
Exploitation de la polysémie des thermes « Il est mort. Naturellement »
Dialogue de sourds sur fond noir
3) Sens de l’humour
Rire très présents, beaucoup de personnages rient, gloussent, « rire bref », Hamm suggère de « pouffer ensembles »
Personnages se racontent des histoires drôles, rire du malheur
Nell ammorce l’idée que rien n’est plus drôle que le malheur
Proximité de l’humour et de la mort, rire introduit une disconnance dans le thème sombre
Alliance constante entre gravité et dérision, le titre est l’association de la mort et du jeu
Metaphore des grains qui forment un tas : sablier = vanité, mort
Au début Hamm baille sans cesse : contraste de tons
Les prières donnent lieu à un registre familier et argotique : « le salaud il n’existe pas »
« Il y a un cœur dans ma tête » : formule profonde mais son père se moque
L’elevation vers un niveau de langue élevé est toujours troublé par des grossiertés
Réponses sans significaiton dénnoncent questions creuses
Humour participe à la recherche du mot juste
Il permet de lutter contre les stéréotypes qui donnent de l’homme, de la vie une vision fausse
Beckett refuse le voaculaire de la peine, de la misère, il propose le déraillement d’un humour grinçant
Pièces de Beckett manifestent le désir, l’effort de se libérer du clicher, sortir de la parole morte.
B) « J’ai avancé mon histoire » (Sylvie Patron)
Commentaire du texte de « J’ai avancé mon histoire » jusqu’à « Ou le petit. » p 78-80
Annalyse de l’enchainement dialogal
(Cet exposé tel que je l’ai entendu était assez compliqué au niveau du vocabulaire employé que je nommerais « jargon », c’est pourquoi j’ai essayé de le retranscrire avec des mots un peu plus compréhensibles. Je crois que le sens n’est pas perdu.)
Le comique naît d’une rupture des attentes sur le plan pragmatique et epistémologique
Tension narrative absente dans l’histoire que Hamm raconte
Enchaînements de type positifs plus fréquents, enchainements négatifs plus rares et plus longs
« J’ai avancé mon histoire » devrait être suivi d’une réaction obligée « Ah c’est bien » mais ici pas de réaction : frustration « Un temps »
Hamm répète alors : « Je l’ai bien avancée », toujours rien.
Puis injonction explicite : « Demande moi où j’en suis » : enchaînement non préférentiel et non polémique car Clov répond alors « Oh, et à propos, ton histoire ? »
L’injonction de Hamm trouve une résolution mais pas de façon logique
Puis Hamm répond : « Quelle histoire ? Ah tu veux dire mon roman ? »
La quesiton de Clov n’était pas pertinente mais Hamm est « très surpris » et non faussement surpris » selon les didascalies. Mais dialogue suffit à le faire comprendre
L’échange enchassé est cloturé par l’évaluation de Clov « Voilà. » par contre Clov ne trouve pas de réponse à sa question
Hamm dit alors : « Mais pousse plus loin ! » : c’est donc la faute de Clov si l’échange est si court, forme d’ironie interractive
Clov n’enregistre pas d’ailleurs la correction de Hamm qui fait de son histoire un roman, il dit : « tu en feras UNE autre »
Puis enchainement de répliques de Hamm sans échange qui ouvrent un nouveau dialogue : « Je dis que je l’ai néanmoins avancée un peu. »
Elements comique : Clov est très étonné et emploi le connecteur « Quand même » qui n’a pas un fonctionnement réfutatif standart
« Oh tu sais pas de beaucoup » répond Hamm, ce qui clot la séquence en en commençant une autre : « mais tout de même, mieux que rien »
Réaction de Clov en écho, hyperpositif : « Mieux que rien ! Ca alors tu m’épates » : humour de l’hyperbole si le commédien joue au premier degrès
Pui vient un échange enchassé illogique :
« Il vient à plat ventre » dit Hamm, interrompu par Clov qui répond de façon non-coopérative : « Qui ? »
Hamm répond alors de façon indéfinie : « Encore un »
Clov ne s’étonne pas en réagissant de façon incongrue : « Ah celui là ? je n’étais pas sur. »
Hamm commence à raconter puis s’interromp : « Qu’est ce qu’il y a là de si drôle ? » : question orientée, on attend un « rien. » mais Clov répond sérieusement, de façon bivalente puisqu’il relance le dialogue sur l’identité narrative : « Une place de jardinnier. »
« Ce ne serait pas plutôt le pain ? Ou le petit. » : récapitulation dans le cadre populaire des éléments du récit dans le désordre
Conclusion :
Aucun échange polémique aux questions orientées
Clov ne reproche rien à Hamm, attitude très coopérative
Echec de Hamm à raconter son histoire, il reste dans le dialogue
Cet echec : défaillance de Hamm ou de Clov ?
Couple Hamm/Clov ne fonctionne pas alors qu’avant, Nagg/Hamm avait fonctionné
Cet extrait est une variation sur le dialogue de Hamm et Nagg.
C) Surface et Pronfondeur (Régis Salado)
(Pas vraiment de plan, exposé linéaire mais très interessant)
Spectacle d’un humanité dégradée, éprouvant une resistance forte à l’interpretation
Œuvre qui se défend vis à vis de la compréhension
Hamm pose la question angoissée du spectateur : « Mais qu’est ce qui se passe ? »
Clov répond : « Quelques chose suit son court » : réponse frustrante pour le spectateur et sens métathéatral (c’est la pièce qui suit son court)
« C’est une fin de journée comme les autres » : la représentation théâtrale est rendue insignifiante, habituelle
Clov répond « On dirait » en regardant la salle : provocation vis à vis du public
Dans ce passage, le dramaturge montre les ficelles du théâtre : jeu avec les rideaux (rideaux des fenetres, draps sur poubelles, Hamm = 3 levés de rideaux) = simulacre qui mime la cérémonie théâtrale
Effet redoublé par les paroles de Hamm : « A moi de jouer » et à la fin « Jouons comme ça »
Début de la pièce se signale officiellement comem début : dans le baillement, le texte commence par A (apprentissage du langage)
Dans ce « A……moi » on entend « Hamm », en anglais on peut entendre « am », un « I am » sans sujet, sans I, sans eye (Hamm est aveugle)
Fin de partie => jeu d’échec, mettre le spectateur en echec
Mais la fin nous est refusée car elle nous ramène au début : forme circulaire
A la fin, Clov ne part pas, il reste au bord du départ pendant toute la pièce
Ce départ peut être considéré comme le sujet du drame, seulement il n’est pas consommé
On ne sait pas non plus si Nell est reelement morte
Autre sujet possible, Nell et Nagg veulent se rapprocher mais n’y parviennent pas
Clov veut s’éloigner de Hamm, Nell et Nagg se rapporhcer, echec à chaque fois
Clov feint de partir mais a faim de partir (hahaha)
Beckett assigne au spectateur une position paradoxale, ces récits appellent l’interpretation mais Beckett ne veut pas du tout qu’on interprète son oeuvre
1) Notion de surface
Jeu d’échec = clé pour comprendre la forme de la pièce :
Déplacement des pièces sur un plateau (26 déplacements de Clov au début, réglés mathématiquements par Beckett)
Pièce divisée en 16 séquences (nombre de pièces)
Personnages assimilables à des pièces : Hamm le roi, Nell et Nagg le pions, Clov le fou
Dialogue se développe en surface, reprend souvent littéralement ce qui a été dit
Premier degrès, langage déréglé, le mot « zéro » apparaît, degrès zéro du langage
2) Idée de profondeur
Point de fuite dans le jeu d’échec : les fenêtres, possibilité d’un ailleurs, perspective
Clov est le speculateur de cette perspective sauf que ces propos trompent l’œil
Pronfondeur dans le temps grâce à la généalogie : 3 générations mais pourtant rapport de parenté invérifiable
Hamm demande à Clov d’enlever le dernier rideau : ses paupières, derrière est le blanc, le vide, une profondeur à découvrir mais ce processus est frustré par le refus de Clov
3) Signification des noms
Hamm/Clov = Ame/corps : dualisme carthésien
Ou Hammer/clou : bourreau et victime
Hamm évoque aussi ham actor (= mauvais acteur en anglais)
Mais aussi nom en anglais du fils ne Noé, pièce assimilable à une nouvelle vision de l’arche de noé, refuge dans la tempête
Seulement dans le refuge de Hamm ils veulent se tuer, pas perpetuer la vie et la dernière femme meurt
Reference aussi à l’histoire de Noé qui a maudit son fils avec « Maudit progéniteur »
Autre interpretation d’un philosphe allemand, Hamm = Hamelet
Mais à chaque proposition d’interpretation, Beckett répond que tout est dans le texte, qu’in ne faut pas interpreter
Beckett dit : « Le danger réside dans la neteté des identifications » : accpter la part de resistance de l’œuvre
Beckett veut faire sombrer le langage, il commence dans ses romans, continue dans le théâtre
Cette pièce est un naufrage où on voit flotter des débris d’histoires, de langage, d’une humanité qui échoue à finir
Beckett tient ainsi son pari de « Fail better ».
D) Les didascalies (Francis Marmande)
III) Corrections de dissertations
- Quelle vision de la condition humaine peut on dégager de Fin de Partie ?
Dans En attendant Godot, Beckett nous donne un aspect très négatif de la condition humaine. Dans Fin de Partie, la vision est plus distancière.
Ici le temps s’ets allongé, attente plus longue. Le titre Fin de Partie est à mettre en relation avec le roman de Gionno Un roi sans divertissement. Hamm est un roi. Référence aussi à Pascal pour qui le divertissement est un bien et une
catastrophe. Mais ici, monde sans Dieu.
A) Une pièce qui donne à voir une condition humaine
Personnages présentés comme des rescapés
Contextualisation : Après guerre, guerre froide : symbolisation de la fragilité de la condition humaine
Volonté d’anéantir l’humanité
Dérision de la condition humaine, volonté de s’élever, de quitter la réalité horizontale
Invente d’autres valeurs : la dérision
Personnages allégoriques, Hamm = roi jamais seul
B) Des hommes en souffrance
Personnages clows, souffrance dans leur corps
Hamm est un roi déchu (cf. Ubu roi de Jarry), il tape sur les clous en tapant sur ses doigts
Les noms sont symboliques mais courts comme coupés car monde émmiété
Un homme , trois clous : le Christ mais Hamm renie le père « Salaud, pourquoi m’as tu abandonné ? » : passion n’amène pas la redemption
Personnages souffrent aussi dans leur âme, souhaitent finir
Seule refuge est dans le rêve, une création artistique, s’élever par la création
Mais enfin, souffrance existentielle, l’ennui pascalien, pas de divertissement
C) Une condition humaine entre tragique et grotesque
Vie apparaît comme un piège, limitation de l’espace, tous englués comme dans toile d’araignée
Vision dérisoire de la vie,metabolique
Le comique permet l’évasion
Opposition comique/tragique, référence à Bergson « il pleure donc il vit »
Transfiguration théâtrale de la vie, mythe de la condition humaine
Temps aboli, absence de lisibilité dans le destin
Allégorie d’un homme sans Dieu qui ne possède que les clowneries
D) Conclusion
Quand Hamm accepte sa condition, il met son linceul sur son visage
Vie doit s’acheminer vers la mort
Pas de Dieu, ni de but, ni de sens à la vie
Seule bouffée d’air frais, la dérision qui est une valeur ici.
- Quelle est la fonction des personnages de Nagg et Nell ?
A) Rôle scénique
Renouvellement du double registre, même problématique par deux couples différents
Deux couples : maître/valet ou père/fils et un couple père/mère
Deuxième joue un rôle de complement à la reconnaissance par l’individu de son propre moi
Intervention de ce couple introduit de la legerté, de la surprise
Parodie de la tragédie, éléments scénique : poubelles
B) Rôle tragique
Personnages réduits à la plus simple expression
Personnages souffre-douleur et dépendants, entièrement tournés vers le passé
Nostalgie de ce passé, illusion du bonheur retrouvé
Parodie de Proust, bonheur retoruvé par l’imagination
Retour inversé au mythe, Hamm a tué la mère, n’arrive pas à tuer le père
C) Rôle comique et metaphysique
Personnages clownesques, M et Mme Loyal (clown blanc) mais décalage
Accident de tandem = desastre de l’union, plus de sexe, l’objet du délit
Dérision du couple amoureux, ils choisissent l’humour
Dérision de l’acte de création
D) Conclusion
Revelateurs d’une micro-société que nous avons en nous.
- En quoi le titre choisi par Beckett pour sa pièce : Fin de partie est il parfaitement adapté à la pièce ?
A) Une allégorie de la vie
Une pièce de théâtre = a play en anglais, référenc eà Shakespeare
Jeu d’echec avec Hamm comme roi mais pas d’adversaires, pions jouent contre leur camp
Adveraire peut être Dieu mais il n’est pas là, ou la mort
La partie s’oppose au tout
Rien n’avance
B) Partie = jeu mais divertissement innéxistant
Pièce nous ramène à la pensée de la mort par le jeu
Jeu désépéré, recherche d’identité
Opposition à Dieu à qui Hamm attribue le fait qu’il n’existe pas, comme à son père
Thème de l’attente, attente de la mort
C) Construction intellectuelle
Divertissement pour l’auteur, comique pour personnages
Culture fondamentale car jeux de mots reposent sur references culturelles
Tentation de la littérature dans l’autobiographie : souvenir de Nell, histoire du pantalon et roman de Hamm
Référence à Baudelaire




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